Cyrano aura dit à l’Acte V : « C’est très bien. J’aurai tout manqué, même ma mort ». Une phrase qui fait, hélas, terriblement écho à la mort d’Edmond, atteint par la grippe espagnole en 1918. Pourtant, derrière la défaite du Second Empire face aux prussiens, il y a encore des hurlements d’une certaine France abattue.

La proclamation de l’empire germanique, par Anton von Werner
Pour certains, la venue de la pièce de Rostand en 1897, catalyse « l’esprit français » qui avait été malmené après 1870. Cyrano, c’est la France qui brille de nouveau sous la plume de Rostand. Cyrano, c’est la Marianne redressée. Cyrano, c’est le courage de Cambronne revenant crier « Merde ! » à l’ennemi. Cyrano, par son panache, redonne de l’espoir à une génération de mécontents et de déçus, de laquelle appartient par exemple Maurice Barrès.
Dans notre proche contemporain, Bruno de Cessole, écrivain et critique littéraire français, ancien rédacteur en chef du service culturel de Valeurs Actuelles, dédiait, pour le même journal, un article sur « l’esprit français », où il évoquait notamment Rostand et Cyrano de Bergerac. Voici un extrait :
De siècle en siècle, le panache, « victoire de l’esprit qui voltige sur la carcasse qui tremble », traverse l’histoire de France, ennoblissant nos revers, et les sauvant par la beauté du geste et de la posture. Cette cambrure de l’âme de “l’insolente nation” française. Voici Vercingétorix, vaincu mais indompté, traversant le camp romain devant Alésia et jetant ses armes devant César impavide. Voici Jeanne d’Arc, escaladant la première le rempart, au siège d’Orléans. Voici, devant Pavie, François Ier, le roi-chevalier défait malgré ses prouesses, perdant tout, « fors l’honneur ». Voici, à la bataille de Fontenoy, les gardes-françaises priant, par la voix du comte d’Anterroche, messieurs les Anglais de tirer les premiers. […] Voici, à Sedan, les charges désespérées des cavaliers du général de Galliffet, arrachant à Guillaume de Prusse ce mot d’admiration : « Ah, les braves gens ! » Voici, en août 1914, la charge héroïque et vaine des saint-cyriens, en gants blancs, casoar au vent. Voici, en juin 1940, l’appel d’un général solitaire au sursaut du pays qui a perdu une bataille mais n’a pas perdu la guerre. Voici, toujours, le sursaut des cadets de Saumur, se battant, sans espoir de victoire, pour une certaine idée de l’honneur.1
Ici, Bruno de Cessole évoque, par l’intermédiaire de l’Histoire de France, toutes les figures historiques liées à cette notion de panache réinvestie par Rostand à la fin du XIXe siècle. Il montre également ô combien, même après Rostand, elle continue et ferait partie intégrante de ce qu’il entend par « l’esprit français ».
1CESSOLE, Bruno (de), « L’esprit français : 5. L’inclinaison au panache », Valeurs Actuelles, 11 août 2010
1Notons aussi que le colonel Chabert, héros éponyme du roman de Balzac, est colonel de l’armée de Napoléon Ier.
A votre plume…