Madeleine de Scudéry

Clomire souhaite-t-elle faire concurrence à madame de Rambouillet ? La voici qui tient salon. Ce soir, Alcandre doit y parler, et Lysimon aussi. La Carte de Tendre, de la très honorée mademoiselle de Scudéry fera l’objet de leurs discours…

Portrait Madeleine de Scudery, 1650,
Bibliotheque Municipale, Le Havre, France

Mademoiselle de Scudéry savait extrêmement toutes choses, sans vouloir jamais paraître savoir rien confie Saint-Simon dans ses Mémoires. Avec elle, L’amour devient galant ; elle en définit la pratique, et même la géographie, confiant à son héroïne Clélie le soin de dessiner les contours de la Carte du Tendre :

Le tendre pays de l’amour, arrosé par la rivière Inclination. La rive droite de la rivière représente la raison et la rive gauche le coeur. Plus on s’éloigne plus le sentiment se dilue, vers l’Est, et s’assombrit, vers l’Ouest. En revanche, si les amants se laissent glisser au fil de l’eau, il passent par toutes les étapes du sentiment amoureux, depuis la surprise de la première rencontre qui correspond au village de Nouvelle Amitié, jusqu’aux Terres Inconnues du mariage.

Ah le mariage, la grande affaire ! Armande, femme savante de Molière, n’en veut pas ! Ne concevez-vous point ce que, dès qu’on l’entend, Un tel mot à l’esprit offre a de dégoûtant ? Ce à quoi Henriette, sa s?ur, rétorque : Les suites de ce mot, quand je les envisage, Me font voir un mari, des enfants un ménage ; Et je ne vois rien là, si j’en puis raisonner, Qui blesse ma pensée et fasse frissonner. Visiblement, les filles du bon bourgeois Chrysale n’ont pas la même vision de l’institution sacrée du mariage mais, en fait, le débat est ailleurs et porte sur la place de la femme dans la société. Au père d’Henriette et d’Armande qui clame haut et fort : Vos livres éternels ne me contentent pas, Et hors un gros Plutarque à mettre mes rabats, Vous devriez brûler tout ce meuble inutile, Et laisser la science aux docteurs de la ville, Mademoiselle de Scudéry fait répondre par Artèmène que ce n’est plus le temps de ces hommes qui ne regardent les femmes que comme les premières esclaves de leurs maisons, défendent à leurs filles de lire jamais d’autres livres que ceux qui leur servent à prier les dieux.

Bref, les femmes coincées à la cuisine ou dans l’alcôve, et confinées en dévotion, mariées par intérêt des pères et pas selon le sentiment des filles, y’en a marre !

Ridicules nos Précieuses ? Quelques fois sans doute, quand elles en arrivent à ce que le fin du fin ne soit la fin des fins relève le perspicace Cyrano, affirmant même, lui le poète, que l’esprit C’est un crime Lorsqu’on aime de trop prolonger cette escrime !. Mais ne nous fions pas trop à ce qualificatif et découvrons-nous, Messieurs, devant ces hurluberlues qui ont si joliment fait avancer la cause des femmes?

article de Thomas Sertillanges


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