Quel clown va bondir pour imiter Banville?

Quels autres Pierrots que ceux de Rostand peuvent mieux honorer la commedia dell’arte que ceux de Théodore de Banville? Poète reconnu du XIXe siècle, surnommé « le poète du bonheur », Banville est surtout reconnu pour son apport dans le cadre des formes poétiques.

Parmi Les Cariatides, Les Stalactites, et les fameuses Odes Funambulesques, Banville déploie une vision de la poésie entre romantisme et symbolisme, mouvements bien ancrés dans le XIXe siècle artistique. En plus de sa poésie, on le connaît en tant que dramaturge, entre autres pour Le Cousin du Roi , la Florise, ou la Perle. Son Riquet à la houppe a beaucoup inspiré Rostand, notamment pour son acte poétique.

Olivier Goetz, dans sa préface du Gant Rouge, précise savamment le lien entre Rostand et Théodore de Banville, qu’il découvre tôt, et lit en particulier Les Belles Poupées à sa sortie en 1888.

Il existe, entre Rostand et le poète des Odes funambulesques, une parenté d’esprit qui sera souvent relevée par la suite. Le Gant Rouge en porte déjà la marque. […]L’un des récits de ce recueil, « Les Affiches », raconte l’histoire d’un débutant qui présente sa première pièce à l’Odéon et qui subit « le divin supplice de l’auteur dramatique, auprès duquel les autres angoisses et les autres voluptés ne sont rien ». Comment Rostand aurait-il pu ne pas s’identifier à ce personnage ?

Dans son article « Le comique en vers chez Rostand : le sous-rire du lecteur », Bertrand Degott met l’accent sur la filiation entre Rostand et Banville tant sur le point de vue de la métrique que de l’héritage artistique :

Edmond Rostand doit beaucoup à Hugo mais aussi à Banville, dont il est l’héritier le plus populaire mais aussi le plus controversé. […] Rostand lui-même l’ayant peu définie, son esthétique doit beaucoup à Banville.[…] [Dans le « Charivari à la Lune »], Le lecteur identifie les références successives à la ballade de Musset, à « Booz endormi » et au « Saut du tremplin », le poème final d’Odes funambulesques1. On peut même considérer que, tout en déclinant ses patronages au moyen d’une progression hétérogène, Rostand réfléchit là sa propre pratique et sa relation au comique versifié. […]Les Deux Pierrots[…] comporte des rimes tellement acrobatiques qu’elles rendent visible et manifeste la manière funambulesque.2

1« Quel est, Point sur un I, / Le Musset qui te pose ? / Te maniant encor, / Là-haut, mieux que personne, / Quel est, Faucille d’or, / Le Hugo qui moissonne ? / Quel clown, frappant du pied, / Va bondir de la Ville, / Cerceau, dans ton papier, / Pour imiter Banville ? »

2DEGOTT, Bertrand, « Le comique en vers chez Rostand : le sous-rire du lecteur », dans La corde bouffonne, De Banville à Apollinaire,Etudes Françaises, PUM, 2015 (extraits)


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