Petit hommage biographique…

Florent Couturier, formateur de métier, s’est pris d’une nécessaire envie de rendre hommage à notre cher Rostand…

Edmond naît un 1er avril 1868, comme une mauvaise blague qui deviendra un classique. Alors que ses petits camarades chantent les louanges de l’OM et riment sur des rappeurs aux noms pharaoniques, Edmond le Phocéen , lui, lit Ronsard et rêve de duel à l’épée dans des jardins de lys. 

Il faut dire que par son oncle le petit Edmond a la rime dans le sang. Très vite, on remarque qu’il ne parle pas comme tout le monde. Là où tout pékin lambda va au marché, lui s’en vient la bourse vide et l’âme incertaine, quérir parmi les fruits un peu de souveraine… tomate ». 

 Le garçon brille par sa culture, mais son lyrisme ne peut s’épanouir et trouver racine dans des terres plus prompts à mettre Fanny les doux rêveurs. 

Il monte à Paris, fait du droit (parce qu’il faut bien se donner une posture sérieuse pour écrire des vers),  mais la magistrature est fait d’un bois qu’Edmond ne sait tailler.  

Il se met à fréquenter les théâtres, les salons, et les boîtes de nuit de l’époque (comprendre : les dîners mondains où l’on débat de Racine en buvant du champagne tiède). 

Avant de devenir le digne représentant chapeauté du théâtre romantique à moustache, Edmond Rostand use ses semelles et sa prose dans des essais peu concluants. Ses premières pièces, comme Le Gant Rouge (1888), passent inaperçues. Normal : c’est de la poésie décorative, qui sent la naphtaline et le pot-pourri. Mais il insiste. Il écrit, rature, rime, dérime, écrit ses alexandrins à la rapière et allitère au fleuret. 

Enfin , en 1894, c’est le déclic. Les Romanesques, une comédie en vers dans laquelle deux jeunes amoureux se font manipuler par leurs pères qui feignent de se détester pour rendre la flamme plus brûlante. Du Shakespeare à la française, avec des moustaches toujours. 

Mais ce n’est rien, RIEN, comparé à ce qui va suivre. 

Lorsque 1897 pointe son nez, Edmond aussi sort son plus bel appendice . 

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Un drame comique romantique héroïque poétique lyrique épique dramatique historique avec un trouvère qui a un nez long comme une réplique de Molière ,fait de l’esprit  et des effets de rhétoriques à rendre muet tout candidat à un concours d’éloquence . C’est une explosion de style, de cœur, de bravoure. 

Le personnage de Cyrano, à la fois sabreur, et séducteur, mi-poète, mi-looser magnifique, incarne tout ce que le public adore : un type qui ne se résigne jamais, qui meurt avec panache, qui aime en silence, qui se bat à coups de mots, qui refuse la compromission, et qui invente le « ghostwriting amoureux » avant même que cela ne  soit cool et tendance. 

Et le public ? Il en redemande. C’est le tsunami, la claque, le bras d’honneur aux pièces naturalistes de l’époque. À l’heure où Zola te décrivait l’odeur des chaussettes sales de Gervaise sur dix pages, Rostand t’offrait des duels poétiques sur fond de clair de lune.  

Après Cyrano, Rostand devient LA  rockstar du théâtre.. Il est jeune, beau (selon les critères 1900), adulé, riche. Il devient le plus jeune académicien français de l’histoire en 1901. Il entre sous la Coupole avec la même désinvolture qu’un président rentre d’un congrès sur le climat en avion. 

Mais le succès est lourd. Et Edmond, tout Rostand qu’il est, n’est pas à l’aise dans le rôle de l’écrivain qui cartonne. Il anxiogène, suffoque, blémit, et faute de bien ventiler tout comprimé qu’il est, comment pourrait-il dès l’ore être encore question d’inspiration ? 

Il se retire à la campagne, reclusion poétique, et écrit lentement, douloureusement, en cherchant toujours à retrouver le feu sacré de Cyrano. Ce qu’il pond ensuite ? 

L’Aiglon (1900) Un drame historique sur le fils de Napoléon. Oui, l’aiglon, l’enfant qui aurait pu être empereur mais qui finit en figurine de porcelaine dans une vitrine viennoise. Sarah Bernhardt (LA star absolue de la scène) incarne le rôle, bien que le personnage soit masculin. La pièce fonctionne et fait des entrées , mais n’atteint pas la folie de Cyrano. 

Et puis suit Chantecler (1910) Ah… Chantecler. Un coq philosophe qui pense que c’est son chant qui fait se lever le soleil. Oui, un COQ. Et pas un coq de combat : un gallinacé existentiel qui combat une pie, une poule, un hibou… C’est bizarre, audacieux, un peu perché. Les critiques se marrent. Le public hésite entre le chef-d’œuvre et un  délirium de l’auteur rendu fou par les vertiges du sommet.  

Un échec relatif. Trop allégorique. Trop imagé.Trop de plumes. Trop sérieux dans sa folie. Trop fou dans sa logique. 

Edmond serait il au final le dernier romantique ? Alors que tout le monde s’extasie sur le naturalisme qui sent la sueur et la houille, la mine et la misère  lui continue de croire en la beauté du verbe, au duel d’honneur, à l’idéal qui brille plus fort que la réalité. Il est le dernier qui croit encore au panache comme un dernier rempart contre la médiocrité. 

Il ne supporte pas le monde moderne. Les voitures le rendent malade. Le téléphone l’agace. La guerre l’effraie. L’humanité devient bruyante, métallique, pragmatique. Lui rêve encore de capes, d’épées et de déclarations d’amour murmurées sous des balcons. 

Il meurt en 1918, comme une rime suspendue. Il a 50 ans, foudroyé par une grippe espagnole, car oui déjà à l’époque les maladies elles-même se mondialisaient. 

 Et dans ses poches, des vers à moitié finis, des rêves de scène, des plumes tachées d’encre, un peu de gloire, beaucoup de fatigue. 

Alors ? Que reste-t-il de Rostand en 2025 ? 

Beaucoup. 

Cyrano de Bergerac n’a jamais quitté la scène. Il est joué partout, tout le temps, dans toutes les langues, sur tous les tons : version classique en perruque poudrée, version urbaine en banlieue, version musicale à Broadway, version film avec Depardieu (en 1990) ou Peter Dinklage (en 2021).  

Avouons que le personnage parle à tout le monde : les timides, les rêveurs, les moches, les flamboyants, les poètes, les losers magnifiques.  

Et Edmond, dans tout ça ? Il flotte dans l’imaginaire collectif comme un gentil fantôme en redingote. Son nom évoque les planches, les vers, les envolées lyriques. 

 Il n’a pas changé le monde, mais il l’a regardé avec des yeux pleins d’étoiles. Il n’a pas fait de la politique, mais il a donné du panache à ceux qui n’en avaient pas. Il a saupoudré la morosité de poudre de perlimpinpin poétique. 

Si toi lecteur tu as réussi à supporter ma prose jusqu’ici, tu dois te dire : « Bah, Rostand, c’est un truc de lycée, de mecs en collants et en vieux français ». Détrompe-toi. C’est plus qu’un auteur à moustache. 

Rostand, c’est un appel. À faire mieux. À parler beau. À aimer sans condition. À se foutre des apparences et à se battre pour des idées qui font ricaner les cyniques.  

C’est la preuve que les mots peuvent être des armes pour attaquer, des boucliers pour te défendre, des ailes pour l’envoler 

C’est bien plus beau lorsque c’est inutile, non ?. 

Et c’est pour ça que c’est indispensable. 

Merci Edmond. Tu peux te rendormir sous ta pierre marseillaise. On veille sur ton panache. 

Florent se saisit d’autres hommages et critiques réalisés avec passion que vous pouvez retrouver sur son SensCritique


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