Chantecler

Chantecler est un coq qui règne sur une basse-cour. Il est persuadé que son chant seul fait s’élever le soleil. La Faisane est subjuguée par le coq et tous deux développent une idylle. Toutefois, toute l’attention de Chantecler est dévouée à la Lumière et au soleil et jamais la faisane ne pourra prétendre à être la seule élue du coq. Il ne prétend même pas voyager au-delà du potager sur lequel il règne. Rostand veut nous surprendre. Ce Coq, d’apparence pas si curieux, voit, dans ce potager quelque chose de merveilleux. Il règne sur sa cour et se gausse d’être, chaque matin, celui qui fait se lever la lumière.

Lucien Guitry dans le rôle du coq Chantecler, coll Olivier Goetz

L’œuvre Chantecler, comme toutes celles de Rostand, est le récit d’un échec glorieux, couplé à une quête d’un Idéal. Un échec amoureux, de prime abord, et l’échec de pouvoir incarner ce que doit être le coq, plus préoccupé à faire s’élever le soleil qu’à régner sur sa cour, qui va finalement le trahir.

Supplément du Petit Journal illustré du 30 janvier 1910, coll. Olivier Goetz

Cette cour – que La Fontaine aurait applaudi deux cent ans plus tard – est composée, entre autres, de chats huants, de pintades mondaines, et de crapauds obséquieux. Durant la réception de la pintade, Chantecler est abondamment moqué avant que d’être provoqué en duel par le Pile-Blanc, coq réputé pour sa résistance au combat.

L’œuvre Chantecler reprend également la dynamique burlesque chère à Rostand. Ici, on ne représentera pas un empereur, pas un noble héritier, mais un coq. Et plus largement : une basse-cour. Pourtant, par le truchement du lyrisme rostandien, la basse-cour va s’élever dignement. Chantecler apparaît ici comme une fable où tout l’intérêt réside en la démonstration d’un panache glorieux, mais fatalement en échec. Le coq finira ses jours conscient que son chant n’est pas la cause de l’aube, La Faisane s’étant ouvertement sacrifiée pour lui sauver la vie.