Edmond naît à Marseille en 1868. Il est le fils d’Angèle Gayet-Rostand et d’Eugène Rostand, alors directeur de la Caisse d’Epargne de la ville. Son enfance est une enfance douce et heureuse. Ses premières années sont partagées entre l’Institut Thédenat, le Lycée Thiers et bien sûr la Villa Julia à Luchon, où les Rostand passent leurs vacances.
Il est un élève plutôt rêveur, selon ses professeurs, mais est capable de beaucoup. Parmi ses enseignants, se distinguent tout particulièrement des noms comme René Doumic, spécialiste en son temps des grands auteurs du XVIIe siècle. Plus tard, alors qu’Edmond écrira et fera jouer ses premiers pièces, c’est ce même Doumic, sous le pseudonyme de Robert Dorsel, qui lui fera paraître une critique élogieuse.

Au lycée, il lit déjà Hugo, il découvre des plumes fascinantes comme celle de Théodore de Banville ou Théophile Gautier, et en particulier un ouvrage de ce dernier Les Grotesques, publié originellement en 1844. Dans cet ouvrage, Gautier met en avant des auteurs oubliés ou dénigrés des siècles derniers, dans une démarche immensément romantique. Dedans, Edmond rencontre Villon, dont il partage l’audace et quelques formes poétiques comme la ballade. Il fait aussi, au détour d’une page, la connaissance de Savinien Cyrano. L’auteur de théâtre libertin le fascine. A cette époque, le petit Edmond ne sait pas encore qu’une petite vingtaine d’années plus tard, le bretteur nasillard allait reparaître sous sa plume.
Après le lycée, il débarque un peu forcé à Paris pour entamer des études au Collège Stanislas. Là-bas, la discipline est de mise. Mais il rêve, poétise, et continue de l’assumer. Des amis de la famille comme Georges de Villebois-Mareuil ou la famille de Gorsse lui rendent plus douces les journées que la solitude assaille parfois, autant que la mélancolie. Il apprécie fort bien un des surveillants de cette école, celui qu’on connaît sous le pseudonyme de Pif-Luisant dans Les Musardises, qu’il publie en 1890.
Lors d’une balade avec ses parents dans le Sud-Ouest, il rencontre Rosemonde Gérard, jeune poétesse également, petite fille du Maréchal Gérard qui s’était démarqué à Wagram. La pauvre avait chuté de cheval et perdu un bijou précieux. Il lui vint en aide. L’amour naquit.
Ses premiers succès au théâtre arrivent aux alentours de 1895. Après avoir rencontré Sarah Bernhardt, la grande Sarah, l’immense Sarah, Edmond lui écrit le rôle de La Princesse Lointaine puis celui, deux ans plus tard, de La Samaritaine. La comtesse de Tripoli et Photine procurent un succès d’estime à ce brave Edmond dont la consécration arrivera au théâtre en l’année 1897.
Acclamé très bientôt, décoré rapidement, Edmond enchaîne, non sans mal, en 1900, en publiant L’Aiglon. Non sans mal car Edmond souffre assidument de dépression. Sa famille le reconnait de constitution fragile, malgré ses facultés évidentes. Ce tourment le suivra jusqu’à sa mort, en 1918.

Nous évoquions L’Aiglon. Cette pièce se recentre sur un personnage déshérité, parfois déconsidéré de l’Histoire de France: Napoléon II, fils de Bonaparte, roi de Rome et duc de Reichstadt. Ce qui intéresse Edmond n’est pas la politique, et il le clamera haut et fort. Non, ce qui l’intéresse est bel et bien l’élan empanaché dont cette figure a pu faire profit. Depuis Les Musardises en 1890, et Les Deux Pierrots un an plus tard, Edmond sait et aime poétiser l’échec. N’écrira-t-il pas plus tard: « On ne se bat pas dans l’espoir du succès, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile… »?
Après son succès avec L’Aiglon, Edmond s’installe au Pays-Basque, pour des raisons de santé et après une pneumonie. D’abord à Etchegorria et ensuite dans sa célèbre et toujours visitée Villa Arnaga, qu’il se fera construire, Edmond écrit manifestement beaucoup moins. Il se consacre à un nouveau projet qui verra le jour dix ans après L’Aiglon. Il s’agira de faire jouer des animaux de basse-cour! Chantecler ne régnera seulement sur une basse-cour mais aussi dans le cœur d’un public relativement conquis. La critique, en revanche se voudra plus assassine.
Les dernières années de sa vie rime avec désunion. Toujours en proie à de grandes crises neurasthéniques, son couple avec Rosemonde est de plus en plus fragile. La séparation va progressivement et commence avant les représentations de Chantecler. L’avènement de la Première Guerre Mondiale, en 1914, va terrasser Edmond, qui est réformé du fait de sa santé fragile. Il tentera, en allant sur la scène des combats, de poétiser au mieux la vie des Soldats et leurs conditions difficiles, notamment dans Le Vol de la Marseillaise, qui, en plus d’être un poème, figure comme un recueil qui contient d’autres pièces magnifiques à lire.
Edmond est accablé par la grippe espagnole qui sévit en 1918, alors que ses dernières années se résumaient entre idylle avec Mary Marquet, et aller-retours entre Paris et le Pays-Basque pour faire valoir la représentation de ses différentes pièces. Il meurt en décembre, entouré de sa famille, au 4, avenue de la Bourdonnais, à Paris.












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