En 1911, Rostand écrit – non sans mal – La Dernière Nuit de Dom Juan. « Non sans mal » considérant la personnalité du dramaturge, et ce qu’il écrit à sa sœur Jeanne : « Asthénie cérébrale. Je me traîne.[…] Dom Juan n’a aucune importance, ce n’est qu’un acte plutôt fait pour être imprimé et, plutôt que de m’épuiser pour une bluette, je l’éditerai ». Hélas, il n’en n’aura pas le temps. Cette dernière est publiée de façon posthume en 1921 et jouée un an plus tard à la Porte Saint-Martin.

Adaptation moderne (2024) de la pièce à la Comédie Française, photo de Vincent Pontet, Coll Comédie Fr ( pour en savoir plus )
Dans cette pièce, Edmond conjugue sa passion pour le Guignol et les marionnettes à celle de l’intrigue de la pièce de Molière. Elle commence là où termine la pièce de Poquelin. Dom Juan est emmené par la statue du Commandeur. Seulement, dans la pièce de Rostand, l’homme va négocier avec le Diable. Il aura droit à dix années. Dix années pour tenter de se racheter une conduite. Dix ans plus tard, le Diable revient prendre son dû sous les traits d’un marionnettiste et met Dom Juan face à son échec flagrant. Malgré plusieurs tentatives pour prouver qu’il a pu ou peut se racheter, ce dernier finit dans une boîte à marionnettes. Dans une perspective romantique, Rostand s’intéresse et recompose le destin de Dom Juan. Il lui donne un sort plus grotesque, qui correspond bien aux volontés théâtrales de l’auteur dramaturge.

Page de garde du livre publié chez Fasquelle avec un dessin de Geneviève Tuduin
Dans cette pièce, Rostand s’amuse évidemment à décrédibiliser le séducteur. Du fait de ses mensonges et de ses vices, il mérite si peu l’enfer qu’il finit enfermé dans une boîte à marionnettes. Le destin de Dom Juan est transfiguré par la pensée de Rostand. Le Guignol donne un cadre grotesque à cette pièce et donc à l’avenir du personnage. L’échec drape bien sûr la pièce et donne presque une leçon au spectateur, comme la pièce de Molière déjà en donnait une.
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