Le Vol de la Marseillaise


La Marseillaise, après être un hymne, est un symbole. À l’avènement du premier conflit mondial, Edmond Rostand est accablé par le fait que sa santé fragile ne lui ouvre pas le chemin des batailles qui lui permettraient de défendre sa patrie. Il va soutenir les poilus et va poétiser leurs conditions en soutenant patriotiquement le peuple français et son odyssée. Le Vol de la Marseillaise est à la fois le titre d’un poème mais aussi celui du recueil dans lequel figure ce même poème. On y trouve un Edmond certes lyrique, mais beaucoup plus solennel, quoique toujours aussi déterminé. Étrange, quand on sait qu’à cette époque précise, le temps des amours avec Rosemonde est révolu.

Rostand sur les ruines après les combats, coll Villa Arnaga


Mais il prévient : il défendra ses idées, écrivant des vers magnifiques tels que « Le sombre ça ira qui piétine, c’est vrai, / N’est qu’un bruit de sabots qui demandent des ailes ». Ce qui retient particulièrement notre attention dans ce recueil, en plus de l’exhortation patriotique évidente, c’est que cet hymne qu’est La Marseillaise métaphorise le pays.

La Marseillaise, c’est l’orgueil de la France, c’est sa passion. Et pour que sa passion tonitrue, il faut que le peuple puisse s’y référer. Raison pour laquelle le poète insère systématiquement des références folkloriques des pays qu’il évoque. Citons un exemple en particulier. Quand l’Allemagne n’est pas ramenée à Goethe ou à Van Beethoven – compositeur romantique faut-il le rappeler ? – qui chancelle en entendant le tocsin d’une ville en feu1, c’est Victor Hugo qui vient rappeler que « le chant des astres manquent »2 dans une France qui ploie sous la tristesse et la colère contre l’ennemi.

1Voir le poème « Van Beethoven », p.511

2Fait référence au poème épique non-achevé « La fin de Satan », écrit par Victor Hugo.