Comment vivre si difficilement dans l’ombre d’un père si souvent absent ? Comment pouvoir vivre sans le poids de cette peine qui ronge le cœur de Maurice? Tout semblait si bien commencer. Deux parents qui s’aimaient, puis vint quelques mois plus tard Jean qui agrandit la famille.

photographie de Maurice par Agence Meurisse, trouvée sur le site d’un autre confrère étranger chargé de la mémoire des Rostand
Nous sommes au 2, rue Fortuny. Edmond a fait publier Les Deux Pierrots et songe à bientôt rencontrer l’actrice dont le nom file sur toutes les lèvres des plus grands dramaturges d’Eugène Scribe aux frères Cogniard : Madame Damala. J’ai nommé: Sarah Bernhardt. Rosemonde est encore fière de sa publication il y a trois ans des Pipeaux. Vient au monde le petit Maurice, déjà adoré par sa mère.
Grandissant, il se sait une passion pour la littérature. Son père aura écrit pour Sarah Bernhardt les rôles de la comtesse de Tripoli et de Photine, il l’avait déjà admirée dans La Dame aux Camélias.
Toute sa vie, Maurice aura souffert de l’aura grandissante, et il faut le dire parfois cinglante, de son père. Deux vers trouvés dans une de ses pièces jouées au Théâtre St Martin, La Gloire, dernière apparition au théâtre de la Grande Sarah, assombrissent nos cœurs: « Le courage qu’il faut, grand homme que voilà, Pour être votre fils et n’être que cela».
Maurice arbore les premiers parfums de l’aura parisienne lors de ses voyages avec ses parents. Il aime particulièrement cette ville, mais comme dit l’autre, « on peut voir couler la Seine ailleurs qu’au pied de Notre-Dame », et les vents du pays Basque seront sa principale résidence, jusqu’à la séparation non-officielle de ses parents. Il est un ami de Jean Cocteau, et ces deux-là s’en vont parfois du côté de chez Swann, non pas pour y rechercher le temps perdu, mais pour retrouver Proust. Julie Lavielle précise, dans une notice biographique de la Villa Arnaga, que Maurice écrit à Proust un jour et « lui propose à Proust, en quête d’un titre, ce titre tiré d’une formule très répandue à la campagne : « aller du côté de chez M. ». Intrigant.

La relation que Maurice, toute sa vie, eut avec son père, était teintée de discorde. Un père qui peine finalement à accepter son fils comme il est. Peut-être que déjà les lazzis, les quolibets laissaient Maurice froid, puisque ce fut vrai: il fut un homme comme ils disent. Toujours dans la notice biographique de Julie Lavielle, on note une lettre qu’Edmond envoya à Rosemonde en 1906:
Embrasse Tis – j’aime mieux l’appeler ainsi, ça me le rapetisse et me le fait voir sans poudre et sans rouge – comme je l’aime, très violemment. Je sais ce que j’ai à attendre de lui : ce qu’il voudra donner, rien de plus ; ça peut être immense, mais ça peut être peu. Mais rien n’agira pour obtenir davantage. Je commence à connaître ce caractère où ni raisonnement, ni pitié n’agissent, ces âmes qui ne font rien que d’elles-mêmes
En 1911, là où Edmond republie chez Fasquelle une version bien plus épurée des Musardises, Maurice fait jouer Un bon petit diable et La Marchande d’allumettes en 1914. Il avait déjà eu l’occasion d’être publié poétiquement par le Figaro. Et lorsque vint frapper l’affreuse grippe espagnole, il demeure terrassé par le décès de son père Edmond. Il note dans ses mémoires:
Cette date du 2 décembre 1918, elle reste à jamais gravée dans mon âme, dans mon souvenir ! Mon père mourait si jeune, alors qu’il y avait entre nous un malentendu jamais dissipé. […] Chaque poète a un drame personnel : celui de Musset fut le drame de Venise, le mien fut peut-être celui de ce père illustre mort si tôt et dont l’ombre à la fois m’exaltait et m’écrasait.
Il n’aura pas pu être mobilisé à la guerre pour raison de santé. Comme son frère Jean d’ailleurs. Il s’engage toutefois, comme le fit son père, dans un hôpital, pour prêter main forte. Il fait valoir son engagement aussi par le biais d’un pacifisme exacerbé ( on peut citer les œuvres L’Homme que j’ai tué ou Le Marchand de canons.)

Toutefois certains de ses comportements lors de la Seconde Guerre Mondiale lui valent de légitimes critiques: Il porte de chaudes paroles sur Pétain à la suite des rencontres de Montoire et salue le retour des cendres commandé par Hitler de celui que son père avait théâtralisé en 1900: L’Aiglon. Il adresse de plus quelques critiques dramatique à un journal collaborationniste: Paris-Midi. Dans la « rubrique des traitres » de la LICA, actuelle LICRA, on peut voir apparaître le nom de Maurice: « Maurice Rostand, auteur de si beaux poèmes antiracistes, a prouvé qu’il savait aussi se « retourner » ».
Il meurt toutefois assis sur une petite réputation de dramaturge et d’homme de paix, ayant notamment participé à un organe du CNR après la seconde guerre. Il est enterré en 1968 au cimetière de Passy où l’attendait depuis une dizaine d’années patiemment sa mère attentionnée. Il lui écrivit d’ailleurs de magnifiques poèmes. Ce dernier fut publié dans Le Page de la Vie:
Je ne dormirais plus que dans ton ombre verte ! Alors, tu m’apparus, ô toi dont je suis né, Plus petite que moi ! et, les deux mains ouvertes, Tu venais au devant de ton fils étonné. Que m’importaient la Gloire et son fardeau superbe, L’arbre demeuré noir sur le ciel du coteau ?…Et les laissant tomber négligemment sur l’herbe, Je lâchais mes lauriers pour t’embrasser plus tôt !
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