Rosemonde Gérard

Comment mieux commencer notre propos qu’en évoquant stéréotypiquement ces vers reconnu de Rosemonde, poétesse comme son futur mari, Edmond? « Car vois-tu chaque jour je t’aime davantage, Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain ».

Pour sûr, Rosemonde est une femme aimante. Elle aura consacré presque toute sa vie à l’Amour. Lui aura-t-il rendu assez de ses implications? Rien n’est moins sûr! Rosemonde naît à Paris en 1866 de Sylvie Perruche, épouse Lee, et de père inconnu. Quelques temps plus tard, elle est reconnue par Louis Maurice Gérard, fils du maréchal des guerres napoléoniennes Etienne Maurice Gérard.

Enfant, elle partage, à la mort de son père, son tutorat entre deux grands noms de la littérature française de l’époque: Alexandre Dumas fils et Leconte de Lisle. Sa mère habite boulevard Malesherbes à Paris. Bien vite, lors d’une balade avec la famille Rostand que sa mère côtoie, elle rencontre Edmond Rostand. C’est un véritable coup de foudre. A cette époque, elle est en passe de publier son premier recueil de poésies chez l’éditeur Lemerre, Les Pipeaux.

Nous sommes en 1890. Leconte de Lisle voit d’un mauvais oeil ce Edmond qui vient de publier ses Musardises, notamment grâce au soutien de sa compagne ( et aussi par ses petites économies…). Compagne qui devient en avril 90 la femme d’Edmond.

Bien vite, elle devient la mère de deux enfants. Maurice, et Jean. A partir de ce moment précis, et exhortée par l’amour passionnel qu’elle voue à Edmond, elle met littéralement sa carrière et ses poésies entre parenthèse pour faire devenir son mari l’Auteur qu’il rêve d’être. Aux plus petits soins, tant pour apaiser ses sauts d’humeurs que pour l’encourager, c’est elle qui ramasse régulièrement les manuscrits jetés par Edmond. Il vient à elle, et il l’avouera dans ses Musardises,  » comme à une mère son enfant ».

La relation entre Rosemonde et Edmond est faite d’amour et de passion quasi inaliénable. Elle le suit, l’épaule, et le rassure. A point crucial de s’oublier elle-même, pendant des années. On la reconnaîtra, pendant plus d’une trentaine d’années, comme « Madame Edmond Rostand ».

Durant la première décade de 1900, elle s’installe avec son mari à la villa Arnaga, construite sur la base de plans pensés par l’auteur lui-même.

Photographie libre de droit de la Villa Arnaga

Ce qui devait, à la base, s’apparenter à un palace douillet, commence progressivement à devenir une prison. Les enfants Maurice et Jean se confieront à ce propos, observant la plupart de leurs repas dans le silence, face à un père mutique ou absent, absorbé par son travail d’auteur et ses états dépressifs. Les divisions et les désaccords se font, petit à petit, plus nombreux. Le couple finira par se séparer, mais rien d’officiel ne sera jamais proclamé.

Aux alentours de 1915, elle entame une relation avec le fils d’un auteur apprécié de la famille, Tiarko Richepin, fils de Jean. Son « Beethoven » comme elle se plaît à l’appeler, lui procure tout l’amour et l’attention qu’avait perdu Rosemonde avec les aspirations toujours plus conséquentes d’Edmond.

Toutefois, c’est aussi l’occasion pour elle de reprendre son activité d’artiste et de poétesse. Elle épaule, après le père, le fils. En effet, elle aidera Maurice à se placer sur la scène parisienne, en l’aidant à composer Un bon petit diable. Mieux, elle devient jury, en 1931, du prix Femina, marquant l’importance de Rosemonde pour la représentation féminine dans l’Art. Après s’être effacée considérablement, Rosemonde reparaît sur la scène, allant jusqu’à publier une anthologie de poétesses françaises, reparue aux éditions TriArtis et préfacée par Thomas Sertillanges, biographe de Rostand.

Malgré tout, elle n’oubliera jamais Edmond. Elle vient à son chevet, alors qu’il agonise sous les effets de la grippe espagnole, en 1918. Une quinzaine d’années plus tard, en 1935, elle écrira Edmond Rostand. Intime compilation, riche biographie de son mari. Une compilation depuis peu republiée.

De précieuses anecdotes demeurent dans cet ouvrage au sujet de l’auteur de L’Aiglon… Elle meurt en 1953 et est inhumée au cimetière de Passy. Maurice la rejoindra en 68. Ils demeurèrent infiniment proches.