Les Grotesques, par Théophile Gautier

En 1844 paraît Les Grotesques1 de Théophile Gautier. Mais… qu’est-ce que veut dire « grotesque » ? Le grotesque désigne un concept qui « prête à rire par son côté invraisemblable, excentrique, ou extravagant » ou « qui prête à la dérision par son côté outrancier et son mauvais goût2». Ce livre se veut être l’apologue de quelques représentants de cette tradition grotesque, dont Saint-Amant et Savinien Cyrano de Bergerac. Il est lu et adoré par Rostand qui l’a découvert à Marseille durant ses études au lycée Thiers. Gautier écrit :

Beaucoup moins soucieux de la pureté classique que les écrivains de premier ordre, ils [les grotesques] donnent dans leurs compositions une bien plus large place à la fantaisie, au caprice régnant, à la mode du jour, au jargon de la semaine, choses qui vieillissent promptement ; et si rien n’est plus beau que l’antique, rien n’est plus laid que le suranné3

Théophile Gautier place donc son ouvrage sous le signe de la redécouverte d’auteurs qui ne sont pas de « premier ordre » et qui, selon lui, donnent tout autant de belles choses que ceux déjà cités. Gautier précise sa volonté :

[…] et nous avons tâché de débarrasser du fatras les traits les plus caractéristiques d’écrivains tombés dans un oubli trop souvent légitime, et d’où personne ne s’avisera de les retirer ; – à l’exception de ces fureteurs infatigables, qui restent debout des journées entières, au soleil, l’été, à la bise, l’hiver, remuant la poudre de ces nécropoles de bouquins qui garnissent les parapets des quais. […] – Rentrez donc dans votre poussière, pauvres gloires éclopées, figures grimaçantes, illustrations ridicules, –et que l’oubli vous soit léger !4

Cette défense des écrivains dits grotesques par Gautier témoigne de cette revalorisation propre au XIXe siècle des textes qui ne sont pas, dans la vision romantique, rentrés dans la « norme classique » ainsi que le déplore l’auteur dans l’intégralité de son texte. Nous détaillons, dans l’article qui précise le lien entre Rostand et le romantisme hugolien, la portée romantique du grotesque.

Parmi les écrivains redécouverts par Gautier, nous pouvons citer: François Villon, auteur du Moyen-Âge, Scalion de Virbluneau, le poète Théophile De Viau, St Louis, Marc Antoine Girard de Saint Amant, Cyrano évidemment, Guillaume Colletet, Chapelain, Georges de Scudéry et le truculent Paul Scarron. Des auteurs qui, selon la chercheure Myriam Roman, préfigurent, par leur portée burlesque, « le grotesque romantique »1.

  1. GAUTIER, Théophile, Les Grotesques, Paris, Ed. DESESSART, 1844, pp. 327
  2. Définition du TLFi, disponible ici : http://www.cnrtl.fr/definition/grotesque
  3. GAUTIER, Théophile, Les Grotesques, « Préface », p.9, Paris, Ed. Michel LEVY, 1856, pp. 327
  4. Op. cit. Les Grotesques,  pp. 312→326

  1. Poétique du grotesque et pratique du burlesque dans les romans hugoliens, Myriam Roman, MCF Paris Sorbonne, voir l’étude ici ↩︎

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