Quelques vers inédits

Le journaliste et critique Guillot de Saix raconte dans Le Journal du 28 décembre 1938, alors que Cyrano est repris à la Comédie Française…

coll Villa Arnaga

Cyrano avait coûté à son auteur beaucoup de sacrifices. Lui-même me l’assurait : « Mon manuscrit initial était presque deux fois plus volumineux que le manuscrit définitif, il a fallu y pratiquer des coupes sombres et faire tomber les vers quatre par quatre ». C’est ainsi que j’ai pu lire ces vers publiés aujourd’hui pour la première fois.

Ils se situent (écrits ici en gras) à la scène 4 de l’acte V. Cyrano se laisse aller, bien qu’il s’en défende, à la mélancolie :

Cyrano

… Comme elles tombent bien !

Dans ce trajet si court de la branche à la terre,

Comme elles savent mettre une beauté dernière,

Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,

Veulent que cette chûte ait la grâce d’un vol !

Roxane

Vous donnez aujourd’hui dans la mélancolie !

Cyrano

L’arbre même voudrait que sa fin fut jolie,

Le saule, qui se sent devenir un balai,

Dans le miroir du lac ne veut pas se voir laid,

Et, perdant son feuillage, onde que tu recueilles,

Se voile son reflet avec ses propres feuilles.

Roxane

Non. C’est pour être gai que vous êtes ici.

Ma gazette burlesque, et vite !

Cyrano

La voici !

Le problème, pour revenir ensuite au Samedi dix-neuf, c’est qu’il manque sept pieds et qu’on a perdu la rime ! Mais pour que nous ayons le plaisir de ressuciter ces quelques vers, Edmond Rostand devrait pardonner à celui qui trouvera le moyen de leur redonner vie… Osons ! Déjà, en réintroduisant ce vers de Roxane pour rattraper la rime :

Roxane

Et racontez-moi ce qu’il y a de neuf.

Ensuite, en complétant le vers de Cyrano, par exemple :

Cyrano

Je n’y manquerais pas ! Le samedi dix-neuf… on retombe sur ses pieds ! Ca marche aussi avec, par exemple : J’y serai attentif ! ou bien encore : Soyez-en assurée ! D’autres solutions restent à trouver, à condition, n’est-ce pas, de ne pas avoir la goutte à l’maginative !

Et c’est ainsi qu’en sortant de l’oubli ces quelques vers inédits, on pourrait entendre :

Cyrano

… Comme elles tombent bien !

Dans ce trajet si court de la branche à la terre,

Comme elles savent mettre une beauté dernière,

Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,

Veulent que cette chûte ait la grâce d’un vol !

Roxane

Vous donnez aujourd’hui dans la mélancolie !

Cyrano

L’arbre même voudrait que sa fin fut jolie,

Le saule, qui se sent devenir un balai,

Dans le miroir du lac ne veut pas se voir laid,

Et, perdant son feuillage, onde que tu recueilles,

Se voile son reflet avec ses propres feuilles.

Roxane

Non. C’est pour être gai que vous êtes ici.

Ma gazette burlesque, et vite !

Cyrano

La voici !

Roxane

Et racontez-moi ce qu’il y a de neuf.

Cyrano

Je n’y manquerai pas ! Le samedi dix-neuf,

Ayant mangé huit fois du raisiné de Cette,

Le roi fut pris de fièvre : à deux coups de lancette…

article de Thomas Sertillanges


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A votre plume…